Ton amie te confie qu’elle a subi une agression. Comment peut-elle réagir?

Toutes les émotions sont possibles et correctes. Rassure ton amie en lui disant qu’elle peut crier, garder le silence, pleurer, etc. Elle peut aussi vivre des réactions émotionnelles (comme la colère, la gêne, la méfiance ou le choc), psychologiques (cauchemars, difficultés de concentration, faible estime de soi) ou physiques (p. ex. maux d’estomac, troubles de sommeil, fatigue). Si ton amie vit ce genre de réactions, c’est normal. Peu importe ce qu’elle ressent, elle peut toujours communiquer avec Jeunesse, J’écoute si elle a envie d’en parler. Certaines réactions plus fortes comme les flashbacks peuvent être symptômes d’un trouble de stress post-traumatique. Si ton amie te dévoile ce genre de symptôme, conseille-lui d’en parler avec un ou une professionnelle de la santé. La plupart des écoles ont un ou une infirmière, un ou une travailleuse sociale, ou un ou une psychothérapeute qui pourront l’aider.

Écouter

Dans le contexte d’un dévoilement, l’écoute est essentielle! Écouter pleinement aidera ton amie dans son processus de reprise de pouvoir. Assure-toi que vous avez le temps pour cette discussion et que vous ne serez pas dérangées ou interrompues.

Quelques pistes pour toi :

  • Avant de commencer, vérifie que ton amie est à l’aise. Donne-lui des choix. L’idée est de s’assurer qu’elle se sente le plus à l’aise, en pouvoir et en sécurité possible tout au long du processus.
  • Pense à quand, comment et où avoir la discussion et avec qui.
    • Avec qui? Juste vous deux? Avec une ou d’autres personnes de confiance?
    • Quand? Est-ce un bon moment? Vous devriez avoir assez de temps!
    • Comment? Vous pourriez en parler en personne, par texto, au téléphone, ou à un autre endroit.
    • Où? Est-ce le meilleur endroit? Est-ce qu’elle est à l’aise?
  • Laisse-la se décharger à son rythme. Si elle a choisi de t’en parler, c’est parce qu’elle te fait confiance. Certaines personnes vont rapidement tout raconter. D’autres personnes pourraient avoir de la difficulté à trouver leurs mots. Sois patiente et ne l’interromps pas.
  • Si tu veux poser des questions, sois empathique. Tu pourrais lui demander comment elle se sent ou de quoi elle aurait besoin. Centre tes questions sur son bien-être et non ta propre compréhension de ce qu’elle vit.
    • Évite les questions de style interrogatoire (T’étais où? Avec qui? Avais-tu bu?).
    • N’insiste pas. Si elle ne veut pas aller plus loin, c’est correct.
    • Essaie de poser des questions ouvertes (Qu’est-ce qui s’est produit? Comment te sens-tu en m’en parlant maintenant? Comment je peux t’aider?).
    • Démontre ton écoute et ton empathie par des commentaires courts qui soulignent ton appui (p. ex. Je suis contente que tu m’en parles. Je suis là pour toi).
  • Évite les émotions chargées. Accueille son témoignage calmement. Avoir un ton calme peut être vraiment rassurant alors qu’elle te parle de quelque chose de difficile.
  • Ça peut être tentant de faire des commentaires sur l’agresseur, mais évite ça aussi; ça pourrait stresser ton amie. Souvent, l’agresseur est une personne connue et elle risque de vivre plein de confusion à son sujet.
  • Sois respectueux ou respectueuse de sa bulle. Demande-lui si elle aimerait un câlin ou si tu peux mettre ta main sur la sienne. Si elle dit non, respecte ça.

Croire

Croire ce que te raconte ton amie, ça signifie aussi :

  • Ne pas faire de commentaire qui met en question ce qu’elle dit.
  • Laisser la survivante donner le ton à la conversation. Elle pourrait être en colère, confuse, triste, etc., être axée sur les émotions ou les solutions.
  • Faire attention à ton langage corporel (qui diffère d’une culture à l’autre). Communiquer ton ouverture à ce qu’elle te raconte.
  • Respecter sa bulle. Par exemple, tu pourrais lui poser des questions pour vérifier qu’elle est à l’aise (p. ex. Voudrais-tu que je m’assoie à côté de toi? Veux-tu que je prenne ta main?).

Ne pas être crue augmente le risque de développer un trouble de stress post-traumatique et d’autres symptômes. Quand l’entourage d’une survivante la croit et la respecte dès le début, ça facilite sa reprise de pouvoir.

Quelques exemples de phrases que tu peux dire pour démontrer ton appui :

  • Je te crois.
  • C’est pas ta faute.
  • Je suis ici pour toi, de la façon qui te convient.

Une question qu’on entend souvent des jeunes c’est : Est-ce que je dois en parler? Ton amie a choisi de te parler de ce qui lui est arrivé. C’est une décision très difficile. Elle n’est peut-être pas prête d’en parler à d’autres personnes, et c’est possible qu’elle choisisse de ne pas en parler du tout. C’est son choix. Tu peux lui suggérer d’en parler à un ou une adulte de confiance, comme à la travailleuse sociale de son école, mais tu ne peux pas en parler à sa place.

Note

Soutenir ton amie est bien sûr important, mais tu ne peux pas être disponible 24 h sur 24; tu as aussi le droit d’avoir tes limites. Sois là pour ton amie, mais n’oublie pas de prendre soin de toi-même! C’est super que tu sois là pour ton amie pendant qu’elle traverse un moment difficile. Elle aura besoin du soutien de son entourage. Mais ce n’est pas la seule personne à être touchée par les conséquences d’une agression : c’est normal qu’après avoir entendu son histoire, tu ressentes des émotions vives. N’hésite pas à en parler à tes parents, à un ou une enseignante, à Jeunesse, J’écoute ou à Fem’aide, si tu as au moins 16 ans. Tu peux bien sûr aider ton amie, mais tu ne peux pas faire son cheminement pour elle.

Tu as été là pour écouter ton amie et la croire. Comment peux-tu la soutenir maintenant?

Chaque survivante aura des préférences différentes, en fonction de son étape de cheminement. Après qu’elle a raconté son histoire, c’est un bon moment de lui demander ce dont elle a besoin. Par exemple, tu pourrais lui demander si elle voudrait un verre d’eau ou un repas chaud, aller à l’hôpital, ou en parler ensemble à ses parents ou à la travailleuse sociale de l’école. Ton amie a perdu son autonomie pendant l’agression. En lui offrant des choix, tu contribues à sa reprise de pouvoir.

Offre de l’accompagner pour en parler à un ou une adulte de confiance, et respecte son rythme. Tu pourrais, par exemple, être à ses côtés si elle décide d’appeler une ligne d’aide comme Fem’aide ou Jeunesse, J’écoute, ou attendre dans la salle d’attente si elle se rend au poste de police ou à un autre service, comme un CALACS (centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles).

Le lien de confiance que tu as bâti avec elle est très important. La confidentialité (ne pas en parler à d’autres personnes sans son consentement) et le respect de son rythme te permettront de maintenir ce lien de confiance.

Reprendre ses activités après une agression prend du temps, et chaque survivante le fera différemment. Au-delà du dévoilement initial, continue d’inviter ton amie à des activités. C’est possible qu’elle ne veuille pas tout de suite, mais ça lui fera du bien de savoir que ses amis et amies sont là pour elle. Rappelle-lui que tu as son bien-être à cœur, que tu la crois et que l’agression n’est pas sa faute, et demande-lui si elle a besoin de quelque chose.

Une note de fin : L’entourage d’une survivante joue un rôle important dans son processus de reprise de pouvoir, mais tu ne peux pas la sauver. C’est à elle de faire son cheminement.

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